La féminité – égalité des sexes ?

Paradoxe vivant, la femme est à la fois du côté de la nature et de l’artifice, de la pudeur et de l’illimitation des désirs. C’est d’ailleurs à ce dernier titre qu’elle doit être dominée. Position étonnante de la part d’un partisan d’une République fondée sur des principes de liberté et d’égalité. La question de la femme constitue bel et bien un des plus intéressants foyers de tensions et de contradictions de la pensée rousseauiste, et plus largement de toute la philosophie politique moderne.

« Mais si je ne pouvais penser dans ma seule conscience, il me semblait également présomptueux de réfléchir cette différence comme si j’étais le premier à entamer ce projet. Je résolus donc d’entrelacer ces matériaux de l’expérience avec un texte qui me semblait fondateur, celui que Rousseau nous propose à la fin de l’Émile. Après quatre livres consacrés à Émile, le garçon, Rousseau y aborde la question de la femme, à travers Sophie, la compagne qui lui est promise car il n’est pas bon que l’homme soit seul.

Rousseau tente d’analyser le concept de nature féminine en se fondant sur la seule idée de Nature, pour éviter de tomber sous le joug des préjugés, des idées reçues et des déterminations culturelles. A ce titre, son texte m’intéresse, même s’il contient quelques formulations qui sont aujourd’hui considérées comme « inacceptables » — ce qui ne veut pas dire « fausses ».

Je n’ai voulu ni prendre une distance critique, ni écrire un commentaire. J’ai essayé d’assimiler le développement de Rousseau à mon écriture même, d’inclure son souci de la différence naturelle à mes expériences diverses. C’est pourquoi on ne trouvera pas ici de références ni de citations détachées. Par reconnaissance, et pour la reconnaissance, les phrases directement issues du texte de Rousseau sont données en italiques.

Je ne « lâche » le texte de Rousseau que dans les demi moments où je pense qu’il abandonne lui-même — mais malgré lui — son projet initial, c’est-à-dire quand il imagine qu’il est à la fois nécessaire qu’une femme n’ait pas de métier et vive sous l’autorité d’une religion.

Au terme, toujours provisoire, de ces réécritures, j’a donc pris le parti d’un commencement qui s’ancre dans deux approches enchevêtrées : les expériences de mon existence — désir, amour, paternité — et un texte de Rousseau. Je dois ajouter un troisième principe qui me semble inévitable pour de multiples raisons : la différence ne se développe bien qu’à partir de la femme tant la figure masculine a, depuis des siècles, prévalu dans les représentations et le concept même de l’Humanité.

J’espère avoir, par ces principes, acquis une sérénité et une liberté qui sont difficiles à obtenir quand on essaye de penser la différence entre l’homme et la femme. Mais je serais encore tenté de développer cent arguments pour prévenir des accusations futures, comme aimait à le faire Jean-Jacques, tant il est vrai qu’il faut aujourd’hui prendre bien plus de précautions dans ce qu’on dit des femmes qu’avec les femmes elles-mêmes… »

Rousseau par Madame de Genlis
Rousseau réformateur et révolutionnaire malgré lui ?